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PERSPECTIVES

PÉTROLE : l’énergie au cœur des préoccupations de l'Etat sénégalais

[ 28/11/2005 ]
 

La flambée des cours du pétrole au cours de ces derniers mois suite à une hausse imprévue de la demande a conduit les professionnels du secteur industriel sénégalais à réfléchir sur les voies et moyens à adopter afin d’amortir les lourdes conséquences de cette situation qui risque d’entraver à long terme l’économie du pays.

 

Sous l’égide du Syndicat des Professionnels de l’Industrie et des Mines du Sénégal (SPIDS) et du Ministère de l’Industrie et de l’Artisanat, un déjeuner de l’Industrie a été organisé le mardi 15 novembre avec au finish l’adoption d’une politique commune de l’énergie visant à trouver d’autres alternatives pour juguler ce problème.

[if !supportEmptyParas] 47 milliards de francs Cfa. C’est ce qu’a dépensé l’Etat du Sénégal au niveau du secteur de l’énergie pour combler le déficit du pays issu de la hausse vertigineuse des prix du pétrole. Une somme astronomique qui s’explique par le fait que le Sénégal étant un pays non producteur de pétrole, toute hausse des cours de ce produit se traduit irrémédiablement par une facture plus lourde de ses importations.

« Les cours du brut ayant franchi la barre des 70 dollars le baril nous faisons des sorties de fond importantes pour palier les pertes de revenus de la Senelec qui sont de 22 milliards et investir sur le gaz butane pour 25 milliards » a déclaré mardi Me Madické Niang, Ministre de l’Energie et des Mines, lors du déjeuner de l’Industrie qui a regroupé l’ensemble des professionnels de ce secteur.

En partenariat avec le Ministère de l’Industrie et de l’Artisanat et avec le concours de l’Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel (ONUDI), le Syndicat des Professionnels de l’Industrie et des Mines du Sénégal (SPIDS) a, en effet, organisé une série de rencontre public/privé intitulées « les déjeuners de l’industrie » dans le cadre du Plan d’Action de la Politique de Redéploiement Industriel (PRI) engagé par le gouvernement.

Le SPIDS a voulu ainsi poser le problème de la facture pétrolière que supporte le Sénégal en vue de favoriser les échanges et les prises de décisions des acteurs du secteur de l’Industrie qui sont les premiers touchés par ce phénomène.

Ces « déjeuners de l’industrie » visent principalement le renforcement du dialogue entre les industriels et les partenaires clés de l’Industrie, le renforcement des capacités de propositions et de lobby des industriels de même que la sensibilisation des industriels sur les questions économiques et sociales du pays.

Ces différentes rencontres mèneront à la publication d’analyses et propositions des professionnels, des administrations et des partenaires au développement sur des sujets intéressant l’activité actuelle et future du pays dans le domaine économique et social.

Pour M. Christian Basse, Président du SPIDS, les voies à utiliser devront être celle du développement des énergies renouvelables et celle du respect des normes internationales en matière d’environnement. « Il s’agira d’entrer non dans le moule d’une certification ISO mais dans celui du développement durable » affirme-t-il.

Arborant les mêmes idées, M. Alain Nickels, Directeur du Bureau de l’ONUDI de dire qu’ « au Sénégal les prix de l’énergie sont extrêmement élevés par rapport à d’autres pays en développement tel que l’Ile Maurice qui deviennent ainsi plus compétitifs au niveau du marché international. Il est primordial pour assurer la croissance du pays de travailler sur les énergies renouvelables ». Des initiatives ont dans ce sens déjà été adoptées par des sociétés industrielles telles que la SONACOS qui utilise l’énergie biomasse moins onéreuse et respectant davantage les normes environnementales. Par ailleurs d’autres types d’énergies renouvelables comme les biocarburants, l’utilisation énergétique des ordures ménagères ou encore l’énergie solaire existent, et le Sénégal semble en être assez doté pour répondre à ses besoins énergétiques.

Le pays qui importe en quantité du pétrole avec une énergie électrique qui est principalement d’origine thermique a vu son économie nationale être touchée de plein fouet par la hausse vertigineuse des cours du pétrole. En 2005, le pays aura importé 1,6 millions de tonnes de pétrole brut et de produits raffinés pour une valeur absolue de 340 milliards de francs Cfa contre 1,5 millions de tonnes en 2004 à 257 milliards de francs Cfa, soit une hausse de 32,2 % de la facture pétrolière en seulement une année. Les coûts des combustibles ont aussi connu une forte hausse le prix du fuel étant passé de 121 515 francs Cfa la tonne à 230 903 francs Cfa la tonne, soit une hausse de près de 90 %.

Quant au prix des carburants, il est à noter la hausse de 29 % du prix à la pompe du super qui est passé de 514 francs Cfa le litre au mois de janvier 2005 à 663 francs Cfa le litre au mois d’octobre 2005.

Le prix au consommateur du gasoil dans le même temps est passé de 421 francs Cfa le litre à 540 francs Cfa le litre, soit une hausse de 28 %.

En ce qui concerne le cas de la Senelec, Me Madické Niang de dire qu’il faudrait davantage maîtriser ses coûts de production car la société consomme actuellement près de 400 000 tonnes de combustibles. « Il faut s’attendre à une hausse prochaine du prix de l’électricité car tous nos partenaires au développement disent qu’ils ne peuvent plus continuer à supporter les pertes substantielles de la Senelec ».

Une situation préoccupante qui nécessite dès lors une prise de conscience générale de la situation de l’économie sénégalaise et l’émergence de solutions idoines si le pays veut répondre à ses impératifs de développement et de croissance économique.

Dans ce cadre, le Ministre de l’Industrie et de l’artisanat, a emboîté le pas à tout le monde en proposant en collaboration avec le Ministère de l’Energie et des Mines et le SPIDS la mise en place d’une commission devant se réunir prochainement en vue d’apporter des solutions efficaces aux questions les plus urgentes.

Les recommandations effectuées par le biais de M. Michel Seck, Directeur Général de la Société Africaine de Raffinage (SAR) vont dans le sens d’une organisation d’un conseil présidentiel sur l’énergie ainsi qu’une réactivation du plan de développement des énergies renouvelables.

Ceci sans oublier une régionalisation du plan stratégique qui passe par la mise en place d’un fonds de stabilisation au niveau de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), autrement dit un stock de sécurité qui permettrait de faire face aux éventualités futures des cours mondiaux du pétrole.

Le Syndicat des Professionnels de l’Industrie et des Mines du Sénégal regroupe près de 97 entreprises, réparties dans sept sections (agroalimentaire, emballage, matériaux de construction, chimie et plastique, textile et confection, mécanique et métallurgie et énergie et mines).

Ces entreprises emploient environ 21 000 permanents, réalisent un chiffre d’affaires de 1 500 milliards et représentent plus de 90 du secteur industriel formel.

 
Pierre DIAM  Cliquez ici pour envoyer un mot à l'auteur  (Source : LJE N° 485-486) 
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