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PERSPECTIVES

INTERVIEW … M. Abdou Salam Sall, Recteur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar : «La Banque mondiale cite les dynamiques actuelles au niveau de l’Ucad»

[ 28/11/2005 ]
 

La publication de la directive sur l’égalité de traitement des étudiants ressortissants de l’Uemoa, dans la détermination des conditions et des droits d’accès aux institutions publiques d’enseignement supérieur des Etats membres de l’Union nous a servi de prétexte pour rencontrer le recteur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, M. Abdou Salam Sall.

 

Tout en accueillant positivement cette directive M. Sall note le manque à gagner que cela va entraîner, du projet de réforme de l’enseignement supérieur avec l’appui de la Banque mondiale et des projets de l’Ucad.

On a parlé d’échec à propos de la réforme de l’enseignement supérieur initiée, il y a quelques années par la Banque mondiale au Sénégal. Qu’en est-il exactement ?

La Banque mondiale avait inspiré et presque conduit la réforme sur l’enseignement supérieur en 92-94. On ne peut pas dire que cette réforme ait échoué parce que l’élément visible c’est d’abord la bibliothèque universitaire, deuxièmement la réglementation des flux de transit au niveau du 1er cycle. Si on ne l’avait pas fait, on serait dans des difficultés majeures. Mais le problème de cette réforme, c’est qu’il n’y avait pas un projet pédagogique partagé. Aujourd’hui, il faut se dire clairement les choses. Dans les années 80-90, la Banque mondiale soutenait que les pays du Sud n’avaient pas besoin d’enseignement supérieur, à tout le moins un embryon d’enseignement supérieur. Aujourd’hui, la Banque mondiale a changé de position. La Banque mondiale va organiser à la fin de ce mois de novembre, un séminaire sur les « success stories » dans les universités francophones d’Afrique.

La Banque veut appuyer le développement de l’enseignement supérieur, mais ces orientations de la Banque mondiale tardent à se répercuter dans la communauté des bailleurs qui continuent à encadrer nos Etats au niveau de l’éducation en limitant cela au primaire et au secondaire. Donc il faudrait qu’on l’élargisse très rapidement. La haute preuve de l’impact de l’enseignement supérieur sur le développement socio-économique et tout récemment grâce au concours de l’Ucad et à l’expertise du Sénégal, les Nations Unies retiennent le Sénégal pour accueillir un parc scientifique et technologique. Mais les universités aussi doivent connaître une mutation pour transférer le savoir et le savoir-faire disponible au niveau de la société tant au niveau de l’activité économique qu’au niveau des villages défavorisés.

Est-ce que la Banque mondiale a retenu le Sénégal parmi ces «success stories » ?

La Banque mondiale nous le dira quand elle viendra ici. Mais avec toute fausse modestie, la Banque mondiale cite les dynamiques actuelles au niveau de l’Ucad parce que nous avons élaboré une vision concertée et à la suite de cette vision, on a écrit un plan de développement stratégique et aujourd’hui tant au niveau des curricula de la recherche que des services à la communauté trois orientations qui fondent les missions de l’université, l’Ucad est en train de bouger. Pour le séminaire de la Banque mondiale, sur les « success stories », l’Ucad a déposé la candidature de neuf « success stories » au plan de la formation, au plan de l’animation scientifique et les services à la citoyenneté mais aussi au niveau de la recherche. Donc tant bien que mal le paradoxe, c’est qu’assez souvent les étudiants ne sont pas conscients des atouts différenciés de l’université et ne l’apprécient qu’une fois dehors dans le milieu du travail ou à l’étranger. Nous aurions souhaité que les étudiants sachent qu’il y a vraiment des efforts réels qui sont accomplis au niveau de l’université et qu’ils ont des choses énormes.

Quel est le montant du budget de l’Ucad ?

Le budget de l’université est de 16 milliards francs Cfa environ mais les recettes totales de l’Ucad dépassent largement ce chiffre. Il faudrait évaluer la formation continue parce que seulement les 15 % reviennent à l’université dans le compte de l’Ucad, il y a eu 150 millions de francs Cfa donc si vous extrapolez, vous pouvez avoir les recettes des fonctions de services.

Nous devons aussi mobiliser la société au financement de l’Université, les entreprises, les bonnes volontés mais aussi et surtout les diplômés de l’Université qui tiennent leurs positions par leur parchemin qu’ils ont eu au niveau de l’université. Et nous voulons à travers la Fondation Ucad en cours de création qu’on puisse faire financer l’Université par la société et nous espérons par ce biais environ 300 millions de francs Cfa pour financer principalement la recherche. Mais il faut que les étudiants participent et que la coopération nous appuie de façon structurelle pour pouvoir avoir des recettes propres. Deux projets majeurs sont avancés au niveau de l’université sans tenir compte du centre de conférence qui est déjà en place et qui permet de générer des recettes, il s’agit du centre de mesure qui va faire des prestations de service. Mais le projet le plus ambitieux est la polyclinique universitaire. Son coût d’investissements est de 15 milliards de francs Cfa, si on la réalise, on aura des recettes substantielles tout en améliorant le plateau technique des professeurs de médecine qui sont 300 à l’université de Dakar.

On parle de la mise en place d’une radio et d’une télévision à l’Ucad. Qu’en est-il exactement ?

Si vous regardez la vision de l’Ucad, il est clairement inscrit que nous voulons mettre en place une radio et une télévision. Au départ, on voulait l’héberger à l’Ucad II, mais aujourd’hui nous allons l’articuler avec l’extension du Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti), nous allons en faire une structure d’application pour nos étudiants au Cesti. La communication occupe une place de plus en plus importante dans nos sociétés modernes et de plus en plus sensible dans nos sociétés en mutation, il faut que de façon continue mais avec un flux soutenu que nous continuons d’injecter des diplômés dans le système, plus de diplômés. Ce n’est pas bien d’avoir des promotions de 30. nous devons avoir des promotions beaucoup plus larges, mais rompus aux techniques et aujourd’hui la radio et la télévision du Cesti vont jouer ce rôle. Mais aussi il y a tellement de choses qui se font au niveau de l’université, il faudrait qu’on puisse les diffuser et les vulgariser, nous ne pouvons pas utiliser d’autres radios pour faire cela. Nous allons le faire nous-mêmes, mais il faudrait surtout produire des images du Sud. Nous sommes en train des faire des DVD sur les camps de vacances des étudiants et beaucoup de travaux se mènent au niveau de nos laboratoires, les collègues ont des connaissances et des compréhensions des systèmes très sophistiqués et élevés, il faudrait de plus en plus qu’on produise nous-mêmes, qu’on produise nos propres images et qu’on diffuse ces images de par le monde.

Est-ce que vous pouvez revenir sur le projet d’extension du Cesti ?

Mme Alimatou Diop, la chargée de la communication qui revient d’un voyage des Etats-unis pour s’inspirer des radios universitaires de télévisons universitaires va rapidement se mettre autour d’une table avec la directrice du Cesti pour bâtir le plan de la radio et de la télévision. Nous l’articulerons avec l’extension du Cesti par la construction d’autres locaux pédagogiques et autour des ministres issus du Cesti dans le gouvernement et certains diplômés de l’école. Il s’agira de regarder comment nous pouvons aller le plus rapidement possible. Cette action nous voulons l’inscrire dans le court terme et avancer de façon conséquente.

Quel sera le coût des investissements ?

On peut avoir une idée du coût, mais je ferai en sorte que cela soit quelque chose d’accessible le plus rapidement. Ce projet se réalisera progressivement. Nous allons d’abord installer la radio ensuite la télévision

Existe-t-il des étudiants qui s’acquittent des même frais d’inscription que les Sénégalais ?

L’Ucad est une université autonome composée d’entités autonomes. L’autonomie pédagogique est une prérogative des établissements, des Facultés et des écoles. L’exonération des droits d’inscription relève de la discrétion du chef de l’établissement, des orientations définies par le chef d’établissement. En termes clairs, il peut arriver que des étudiants d’autres nationalités qui ne sont même pas de l’Union soient exonérés de frais d’inscription.

En principe les droits d’inscription sont de 150.000 francs Cfa pour tous les étrangers, mais on a aussi des accords avec certains pays. Le Maroc ne fait pas partie de l’Union, mais on a des accords d’échange. Nous avons aussi des accords spécifiques avec la Mauritanie.

Combien paient les étudiants de ces pays ?

Ils paient le même montant que les étudiants sénégalais mais ils sont en nombre limité. De façon globale, il ne faut pas considérer que le financement de l’enseignement supérieur repose sur les droits d’inscription des étudiants. Il faudrait envisager l’ensemble des éléments d’abord le gouvernement qui augmente progressivement sa participation mais une participation qui est gérée de façon optimale et transparente premièrement et qu’on arrive à faire coïncider les engagements et les paiements donc le budget, la trésorerie. Deuxièmement, c’est au niveau interne. On développe de plus en plus l’enseignement continu et l’enseignement à distance qui peuvent être deux sources de revenus pour l’université.

Quelles sont les filières dans lesquelles on retrouve les étudiants ressortissants de l’Uemoa ?

La Faculté phare, la plus attractive et qui fait la force de l’Ucad est la faculté de médecine. On y trouve les collègues les plus compétents. Je me base sur des aspects objectifs pas sur des aspects subjectifs. Depuis que je suis recteur, j’ai pu me rendre compte qu’au niveau international les collègues de la faculté de médecine sont de façon permanente conviés à des rencontres or dans le monde universitaire, la pertinence et l’efficience se mesurent à l’aune des publications et de participation à des rencontres scientifiques. C’est comme cela qu’on se fait respecter et se connaître. En jugeant le flux de mobilité de nos collègues de médecine qui sont les plus nombreux, les plus gradés et qui bougent le plus, ce sont les plus brillants de l’Université. Je suis bien placé pour le dire parce que je viens de la faculté des sciences et techniques et j’aurais souhaité que ce fut notre Faculté mais ce n’est pas le cas.

 
Khoudia DIOP  Cliquez ici pour envoyer un mot à l'auteur  (Source : LJE N° 485-486) 
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