Vous
venez d’être porté à la tête de la CPCCAF, quelles seront vos priorités ?
Trois priorités. La première, vous
suivez nos travaux depuis trois jours, vous avez vu que nous avons décidé
d’ouvrir notre conférence aux autres pays francophones. Qu’ils s’agissent de
pays francophones d’Afrique ou de pays francophone du Nord. Cela est important
parce qu’avec cette mondialisation, nous voulons construire des économies avec
des zones avec qui nous avons des partenariats naturels. Je pense que vous avez
vu que les Français nous apportent beaucoup, les Canadiens peuvent nous
apporter tout autant, de même que les Belges et nous avons une solidarité à
construire avec eux. Nous avons aussi une solidarité à construire avec les
autres pays africains qui ont les mêmes valeurs que nous. Ca c’est la première
priorité.
La deuxième priorité c’est que jusqu’à
présente les bailleurs de fonds ont été relativement timides avec les chambres
de commerce. Il y a un mouvement qui est entrain de se faire, nous avons signé
récemment avec l’Agence française de développement, hier nous avons signé avec
le CDE (Centre de développement des entreprises), la Banque mondiale
s’intéresse de plus en plus à ce que nous faisons et la 2ème priorité est de
rapprocher davantage les chambres de commerce des institutions financières de
manière à ce que les projets que nous avons puissent mieux être encadrés dans
les meilleures conditions.
La 3ème priorité c’est, ceux qui
étaient là hier et qui ont entendu le directeur du Centre de Développement
Industriel ont compris. Monsieur Sow a parlé des négociations Union
européenne-ACP et regretter l’absence du secteur privé africain. Or ce qui se
négocie à Bruxelles c’est l’ouverture à terme de nos marchés et l’abaissement
des droits tarifaires, c’est l’ouverture totale des marchés. Cette ouverture ne
peut pas se faire sans condition sinon nos entreprises ne le supportent pas.
Donc le secteur privé doit faire entendre sa voix. Donc la 3ème priorité, ce
sera au travers des chambres de commerce, d’organiser la représentation du
secteur privé afin que dans ces instances où vont se débattre des problèmes
importants pour l’avenir de nos entreprises nous puissions dire le mot du
secteur privé.
Avez-vous des projets concrets pour le Sénégal ?
Nous avons des projets concrets pour le
Sénégal. Nous avons par exemple quelque chose qui marche très bien à Dakar, qui
est le Centre de Gestion Agrée de Dakar qui est un centre dont la vocation est
de permettre à ceux qui sont dans le secteur informel de s’initier aux
techniques de management pour passer au secteur formel. Donc ce type de centre
va être démultiplié dans l’ensemble des régions. Déjà quatre régions vont en
bénéficier. Kaolack, Thiès, Saint Louis et Ziguinchor. Nous allons amplifier le
mouvement pour que l’ensemble des régions en bénéficie. La chambre de commerce
de Saint-Louis a présenté un projet important dont les études ont été
finalisées. Il y a des partenaires qui travaillent dans ce dossier avec la
chambre de commerce de Saint-Louis pour la mise en place d’un port de plaisance
à Saint-Louis. Nous avons des projets dans le domaine d’information économique.
Vous savez que nous avons le Centre de documentation le plus vieux de l’Afrique
de l’ouest et nous concentrons dans nos archives quasiment tout ce qui a été
écrit sur le plan économique notamment en Afrique de l’ouest. Ce sont des
écrits papiers très difficiles à gérer. Certains ont plus de 100 ans là-bas.
Nous avons le projet de tout mettre sous informatique et sur le net. C’est de
très grands projets que nous allons travailler dans le cadre de cette
conférence
Et cette fracture entre les francophones du Nord et ceux
du Sud, comment comptez-vous vous y prendre pour résorber ce gap ?
Les chambres de commerce européennes
sont très riches. Le budget de la chambre de commerce de Paris n’est pas loin
de celui de nos petits états. C’est souvent moins un problème de connaissance
technique qu’un problème financier. Lorsque nous avons de bons projets nous
avons les moyens de les financer avec nos fonds propres mais aussi avec nos
partenaires qui nous aident. Ce que les chambres de commerce européennes nous
apportent par contre c’est leur connaissance du tissu économique, leur manière
d’encadrer leurs entreprises, leur manière de servir d’interface entre leurs
entreprises et l’Etat. Cela fait des années et des années qu’elles font cela et
qu’elles le font de plus en plus accru. Ce qu’elles nous rapportent, elles nous
les rapportent gracieusement.
Quelle réponse apporteriez -vous à ce coup de gueule de
la Mauritanie qui étant, membre fondateur de la conférence n’a pas pu
bénéficier des projets de la conférence?
Ce qu’il a dit est vrai. Je le regrette
beaucoup. Pour dire les choses telles qu’elles sont exactement, la Mauritanie
était membre fondateur de la Conférence. Elle avait quitté la conférence depuis
10 ans par des fautes d’arriérés de cotisations et autres et c’est l’année
dernière que la Mauritanie a fait l’effort financier de revenir à la conférence
et quand la Mauritanie est revenue les membres qui étaient dans la conférence
avaient mis dans le pipeline de la conférence un certain nombre de projets et
bien la Mauritanie va introduire ses projets et ils seront pris en compte. Mais
quand on est absent depuis dix ans, les conséquences sont là. Nous allons
essayer de passer cela.
Passer de la présidence de L’Unccias à la présidence de
la CPCCAF n’est-il pas un challenge ?
Cela demande beaucoup de travail. Dans
la conférence nous travaillons beaucoup en équipe. Nous avons des groupes de
travail et les présidents de chambres vont nous aider aussi à accomplir cette
mission.
Allez vous travailler dans la continuité ou dans l’innovation ?
Nous sommes obligés d’apporter de
l’innovation dans la démarche. Il se passe beaucoup de chose sur le plan
international. Nous avons une nécessité impérieuse de nous organiser très vite
et de dire à ces gens ce que nous voulons, ce que nous craignons et à ce titre
il faut qu’on innove. Nous devons travailler vite et bien faire.
Dans la nouvelle appellation de la Conférence qu’est ce
qui a changé entre le mot français et francophone ?
On était avec les Français. On était
pendant longtemps colonisé par les Français. Et avec Francophone cela ne
veut pas dire que tous les autres qui ne sont pas français sont exclus.
D’ailleurs, il y a des pays qui frappent à la porte. Nous tendons la main à
tous les francophones jusqu’au Vietnam mais cela ne veut pas dire nous allons
accepter tout le monde.
Nous sommes à quelques jours des prochaines négociations
de l’OMC à Hong Kong, est ce que la conférence a un mot à dire ?
Nous allons nous organiser évidemment
dans deux semaines nous allons parler des futures négociations de l’OMC. Nous
avons trois problèmes majeurs dans le cadre de ses négociations : le
problème des négociations des tarifs douaniers. Est-ce que nous pouvons par
rapport à des pays comme la Chine une harmonisation de tarifs douaniers qui
peuvent anéantir nos économies si certaines précautions ne sont pas prises.
Nous avons le problème des subventions
que certains états font à leurs produits agricoles. Nous avons le problème de
la levée des obstacles non tarifaires qui empêche l’exportation de certains de
nos produits. Dans certains marchés si vous voulez exporter des cuirs et peaux
on vous définit tellement de normes que doit respecter le cuir que vous ne
pourrez jamais respecter, donc ce cuir ne pourra jamais enter dans ces pays.
Nous allons dire nos préoccupations sur ces trois problèmes.