Les professionnels du secteur du
gardiennage se sont réunis la semaine dernière pour revisiter les difficultés
auxquelles ils sont confrontés. Ces difficultés ont pour nom : législation
du travail non adaptée, concurrence déloyale du secteur informel et absence de
convention collective.
[if !supportEmptyParas] Le secteur du gardiennage privé s’est
beaucoup développé au Sénégal ces dix dernières années. Le dernier recensement
effectué en juillet 2002 y a dénombré plus de 20.000 emplois. Malheureusement,
ce développement n’a pas été suivi par une bonne politique afin de mieux
organiser ce secteur.
Tous les acteurs sont unanimes :
il faut un assainissement du secteur par les services compétents du
ministère de l’Intérieur en vue de mettre un terme à la concurrence déloyale de
l’informel. Pire encore, la législation du travail qui régit ce secteur «est
inadaptée et inappropriée car l’activité est considérée comme une activité
commerciale», relève M. Charles Faye, président de la Commission sociale du
Conseil national du patronat du Sénégal (CNP) qui présentait une communication
sur la sécurité des biens et des personnes : la contribution des agences
de sécurité.
C’était à l’occasion d’un séminaire
organisé par le CNP et son syndicat de base, le Groupement patronal des agents
de sécurité du Sénégal (Gpass). Selon M. Faye, l’absence de convention
collective propre au gardiennage constitue un frein en même temps qu’elle
entraîne au plan des différends individuels et collectifs la survenance de
tensions périodiques qui empoisonnent continuellement les relations de travail
dans les sociétés.
En effet, les contrats à durée
déterminée qui foisonnent dans ce secteur posent problème. Il en de même que de
l’âge de la retraite car «rares sont les clients qui acceptent les
quinquagénaires », confie, M. Alassane Dianor, président du Gpass.
De l’avis de M. Faye, l’établissement
d’une convention collective s’annonce comme prioritaire eu égard aux nombreux
problèmes rencontrés par les acteurs et à la nécessité de mettre de l’ordre
dans ce secteur. Ce dernier estime également qu’il est nécessaire d’instaurer
des tenues de travail réglementaires et de réglementer le port et la détention
d’armes par les agents de sécurité. Les polices d’assurance doivent aussi
prendre en compte plusieurs aspects de l’exercice des fonctions d’agent de
sécurité, notamment l’assurance vie, car c’est «un métier à risque».
Le port de gilets pare-balles et la
construction de guérite pourraient contribuer à une meilleure protection de
l’agent. Enfin, la présomption d’innocence devrait pleinement jouer et les
conditions de dépôt de plaintes judiciaires faire l’objet d’examen munition
entre la société prestataire de services et le donneur d’ordres.
Mais pour M. Doudou Keita, trésorier
général de l’Union nationale des syndicats autonomes du Sénégal (Unsas), «cette
réglementation doit être conçue avec l’ensemble des acteurs». Il a appelé à
plus de respect et de considération à l’endroit des agents de sécurité et au
respect des textes. A l’en croire «plus des trois-quarts des 142 sociétés de
gardiennage agréées ne sont pas en règle ou ne respectent pas la
réglementation».
Autre caractéristique de ce secteur,
les directeurs de société de gardiennage, qui sont la plupart des retraités des
forces de police, de la gendarmerie, de l’armée ou des sapeurs pompiers n’ont
aucune notion en gestion des entreprises ou en management des hommes.
Résultat ? Ils connaissent souvent
des problèmes de trésorerie pour payer les salaires, cotiser régulièrement à la
Caisse de sécurité sociale et à l’Institut de prévoyance retraite du Sénégal ou
tout simplement ils entretiennent des relations très difficiles avec leurs
employés. Mais regrette M. Faye, cela ne doit pas entraîner comme c’est le cas
très souvent, «les séquestrations des chefs d’entreprise ou à la violation des
prescriptions d’ordre public par les troubles ou autres actes répréhensibles et
assimilables à des voies de fait contre honnêtes citoyens».
L’idée d’une possible collaboration
entre la police et les agents de sécurité a aussi été agitée au cours de cette
rencontre. «Une réforme pourrait voir le jour à l’effet d’instaurer de
nouvelles formes de collaboration de nature à assurer une plus efficiente
coexistence entre les sociétés exerçant des activités de police privée et les
services officiels de police», assure le président de la Commission sociale du
CNP.
En outre, le trésorier de l’Unsas a
profité de l’occasion pour lancer un appel à l’Etat afin qu’il joue sa
partition car, dit-il, «parfois on sent une protection de l’Etat sur certains
directeurs de société de gardiennage». C’est pourquoi il a regretté la
suspension depuis un an des négociations tripartites entre l’Etat, le patronat
et les syndicats des agents de sécurité et prône leur reprise.
Quant au directeur général de la Sûreté
nationale Leopold Diouf, il a indiqué que le ministère de l’Intérieur est
d’avis qu’il faut porter la réflexion sur les améliorations à apporter à
l’organisation et au fonctionnement des agences privées de sécurité et à la
formation de leurs personnels. «La croissance dans ce secteur appelle une plus
grande professionnalisation rendue nécessaire par les impératifs du marché et
la multiplication des interventions». Il ajoute que c’est dans la perspective
de trouver des solutions idoines aux problèmes des entreprises privées, que le
chef de l’Etat a ordonné, depuis juillet 2002, la mise sur pied d’un comité
technique qui doit prochainement ouvrir des négociations, en vue de l’adoption
de la convention collective du secteur du gardiennage.
Le commissaire Diouf indique par
ailleurs que le ministère de l’Intérieur a déjà pris l’engagement de réunir
désormais régulièrement la commission consultative et de contribuer à
redynamiser la commission chargée du contrôle a posteriori des activités des
sociétés agréées.
Il a rappelé que dans des pays comme
les Etats-Unis et le Canada, le nombre d’agents de l’industrie de la sécurité
privée dépasse de très loin celui des agences gouvernementales et contribue
d’une manière significative à l’effort de sécurité.
[if !supportEmptyParas] [endif]Pour
mettre fin à l’informel
Les conditions d’exercice des activités
de gardiennage requièrent de la part des postulants le respect de critères et
contraintes diverses introduits par le cahier des charges relatif au décret
2003-417 du 23 juin 2003. Ce texte a eu comme effet d’abroger et de remplacer
le décret 79-113 du 1er février 1979 fixant les conditions d’exercice
d’activités de gardiennage et d’escorte de biens privés.
Les nouvelles dispositions
réglementaires ainsi prises avaient pour but principal de soumettre à
autorisation préalable, l’exécution des activités ci-dessus prescrites en
matière de police privée. Elles constituent à ce titre l’aboutissement d’un
long processus d’évolution dans l’acceptation même de la notion et du concept
de surveillance et d’escorte de biens privés.
En effet,
la loi 78-40 du 6 juillet 1978 les ayant précédées portait interdiction
formelle de l’activité telle qu’elle était comprise ou exercée par les acteurs
en tant que prestation de services. La décision introduite dans le contexte
particulier de gardiennage avait donc pour objet de mettre fin ou d’organiser
de façon plus rationnelle un secteur informel né de besoins certes ressentis
mais non réglementairement conçus et décrits clairement par les pouvoirs
publics principaux garants de la sécurité.