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Secteur du gardiennage : les professionnels veulent assainir

[ 28/11/2005 ]
 

Les professionnels du secteur du gardiennage se sont réunis la semaine dernière pour revisiter les difficultés auxquelles ils sont confrontés. Ces difficultés ont pour nom : législation du travail non adaptée, concurrence déloyale du secteur informel et absence de convention collective.

 

Les professionnels du secteur du gardiennage se sont réunis la semaine dernière pour revisiter les difficultés auxquelles ils sont confrontés. Ces difficultés ont pour nom : législation du travail non adaptée, concurrence déloyale du secteur informel et absence de convention collective.

[if !supportEmptyParas] Le secteur du gardiennage privé s’est beaucoup développé au Sénégal ces dix dernières années. Le dernier recensement effectué en juillet 2002 y a dénombré plus de 20.000 emplois. Malheureusement, ce développement n’a pas été suivi par une bonne politique afin de mieux organiser ce secteur.

Tous les acteurs sont unanimes : il faut un assainissement du secteur par les services compétents du ministère de l’Intérieur en vue de mettre un terme à la concurrence déloyale de l’informel. Pire encore, la législation du travail qui régit ce secteur «est inadaptée et inappropriée car l’activité est considérée comme une activité commerciale», relève M. Charles Faye, président de la Commission sociale du Conseil national du patronat du Sénégal (CNP) qui présentait une communication sur la sécurité des biens et des personnes : la contribution des agences de sécurité.

C’était à l’occasion d’un séminaire organisé par le CNP et son syndicat de base, le Groupement patronal des agents de sécurité du Sénégal (Gpass). Selon M. Faye, l’absence de convention collective propre au gardiennage constitue un frein en même temps qu’elle entraîne au plan des différends individuels et collectifs la survenance de tensions périodiques qui empoisonnent continuellement les relations de travail dans les sociétés.

En effet, les contrats à durée déterminée qui foisonnent dans ce secteur posent problème. Il en de même que de l’âge de la retraite car «rares sont les clients qui acceptent les quinquagénaires », confie, M. Alassane Dianor, président du Gpass.

De l’avis de M. Faye, l’établissement d’une convention collective s’annonce comme prioritaire eu égard aux nombreux problèmes rencontrés par les acteurs et à la nécessité de mettre de l’ordre dans ce secteur. Ce dernier estime également qu’il est nécessaire d’instaurer des tenues de travail réglementaires et de réglementer le port et la détention d’armes par les agents de sécurité. Les polices d’assurance doivent aussi prendre en compte plusieurs aspects de l’exercice des fonctions d’agent de sécurité, notamment l’assurance vie, car c’est «un métier à risque».

Le port de gilets pare-balles et la construction de guérite pourraient contribuer à une meilleure protection de l’agent. Enfin, la présomption d’innocence devrait pleinement jouer et les conditions de dépôt de plaintes judiciaires faire l’objet d’examen munition entre la société prestataire de services et le donneur d’ordres.

Mais pour M. Doudou Keita, trésorier général de l’Union nationale des syndicats autonomes du Sénégal (Unsas), «cette réglementation doit être conçue avec l’ensemble des acteurs». Il a appelé à plus de respect et de considération à l’endroit des agents de sécurité et au respect des textes. A l’en croire «plus des trois-quarts des 142 sociétés de gardiennage agréées ne sont pas en règle ou ne respectent pas la réglementation».

Autre caractéristique de ce secteur, les directeurs de société de gardiennage, qui sont la plupart des retraités des forces de police, de la gendarmerie, de l’armée ou des sapeurs pompiers n’ont aucune notion en gestion des entreprises ou en management des hommes.

Résultat ? Ils connaissent souvent des problèmes de trésorerie pour payer les salaires, cotiser régulièrement à la Caisse de sécurité sociale et à l’Institut de prévoyance retraite du Sénégal ou tout simplement ils entretiennent des relations très difficiles avec leurs employés. Mais regrette M. Faye, cela ne doit pas entraîner comme c’est le cas très souvent, «les séquestrations des chefs d’entreprise ou à la violation des prescriptions d’ordre public par les troubles ou autres actes répréhensibles et assimilables à des voies de fait contre honnêtes citoyens».

L’idée d’une possible collaboration entre la police et les agents de sécurité a aussi été agitée au cours de cette rencontre. «Une réforme pourrait voir le jour à l’effet d’instaurer de nouvelles formes de collaboration de nature à assurer une plus efficiente coexistence entre les sociétés exerçant des activités de police privée et les services officiels de police», assure le président de la Commission sociale du CNP.

En outre, le trésorier de l’Unsas a profité de l’occasion pour lancer un appel à l’Etat afin qu’il joue sa partition car, dit-il, «parfois on sent une protection de l’Etat sur certains directeurs de société de gardiennage». C’est pourquoi il a regretté la suspension depuis un an des négociations tripartites entre l’Etat, le patronat et les syndicats des agents de sécurité et prône leur reprise.

Quant au directeur général de la Sûreté nationale Leopold Diouf, il a indiqué que le ministère de l’Intérieur est d’avis qu’il faut porter la réflexion sur les améliorations à apporter à l’organisation et au fonctionnement des agences privées de sécurité et à la formation de leurs personnels. «La croissance dans ce secteur appelle une plus grande professionnalisation rendue nécessaire par les impératifs du marché et la multiplication des interventions». Il ajoute que c’est dans la perspective de trouver des solutions idoines aux problèmes des entreprises privées, que le chef de l’Etat a ordonné, depuis juillet 2002, la mise sur pied d’un comité technique qui doit prochainement ouvrir des négociations, en vue de l’adoption de la convention collective du secteur du gardiennage.

Le commissaire Diouf indique par ailleurs que le ministère de l’Intérieur a déjà pris l’engagement de réunir désormais régulièrement la commission consultative et de contribuer à redynamiser la commission chargée du contrôle a posteriori des activités des sociétés agréées.

Il a rappelé que dans des pays comme les Etats-Unis et le Canada, le nombre d’agents de l’industrie de la sécurité privée dépasse de très loin celui des agences gouvernementales et contribue d’une manière significative à l’effort de sécurité.

[if !supportEmptyParas] [endif]Pour mettre fin à l’informel

Les conditions d’exercice des activités de gardiennage requièrent de la part des postulants le respect de critères et contraintes diverses introduits par le cahier des charges relatif au décret 2003-417 du 23 juin 2003. Ce texte a eu comme effet d’abroger et de remplacer le décret 79-113 du 1er février 1979 fixant les conditions d’exercice d’activités de gardiennage et d’escorte de biens privés.

Les nouvelles dispositions réglementaires ainsi prises avaient pour but principal de soumettre à autorisation préalable, l’exécution des activités ci-dessus prescrites en matière de police privée. Elles constituent à ce titre l’aboutissement d’un long processus d’évolution dans l’acceptation même de la notion et du concept de surveillance et d’escorte de biens privés.

En effet, la loi 78-40 du 6 juillet 1978 les ayant précédées portait interdiction formelle de l’activité telle qu’elle était comprise ou exercée par les acteurs en tant que prestation de services. La décision introduite dans le contexte particulier de gardiennage avait donc pour objet de mettre fin ou d’organiser de façon plus rationnelle un secteur informel né de besoins certes ressentis mais non réglementairement conçus et décrits clairement par les pouvoirs publics principaux garants de la sécurité.

 
Khoudia DIOP  Cliquez ici pour envoyer un mot à l'auteur  (Source : LJE N° 485-486) 
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