Dès l’année prochaine, les femmes
seront soumises au même traitement fiscal que les hommes. C’est la révélation
faite par le Premier ministre, M. Macky Sall qui présidait la journée de
réflexion sur la prise en compte du genre pour l’atteinte des Objectifs du
millénaire pour le développement (Omd), organisé par le Programme des
Nations-Unies pour le développement (Pnud). « L’étude sur l’égalité de
traitement fiscal sera finalisée avant la fin de cette année, en vue d’une mise
en œuvre en 2006 ».
Mieux encore, annonce-t-il « nous
sommes en train de discuter avec les autorités militaires pour voir dans quelle
mesure nous pourrions revoir les textes de loi régissant le personnel militaire
et paramilitaire afin que les femmes puissent les intégrer ». Déjà se
félicite le Premier ministre, au niveau du haut commandement de la police, il y
a des femmes commissaires ou inspecteurs de police, « il s’agit maintenant
de les étendre vers les gardiens de la paix ».
Pour la prise en charge médicale de
l’époux et des enfants par la femme salariée, « les projets de décrets
régissant les agents et non-fonctionnaires de l’Etat sont en cours de
validation par les départements ministériels concernés et seront soumis
incessamment au président de la République pour signature », ajoute-t-il.
Le Premier ministre a souligné que
s’agissant des agents du secteur privé, il est prévu une large concertation
avec les organisations patronales et les partenaires sociaux pour amener les
entreprises et les institutions de prévoyance à suivre l’exemple du
gouvernement.
On rappelle que l’égalité de traitement
fiscal entre les hommes et les femmes et la prise en charge médicale de l’époux
et des enfants par la femme salariée sont des engagements que le Premier
ministre avait pris lors de la déclaration de politique. En effet, il avait
même demandé à son gouvernement d‘élaborer des projets de textes législatifs et
réglementaires allant dans ce sens.
En outre, la Stratégie nationale pour
l’égalité et l’équité du genre au Sénégal (Sneeg 2015) a été adoptée par le
gouvernement en janvier 2005.
Pour le représentant résident du Pnud
M. Albéric kacou, la non-prise en compte du concept genre dans les politiques
de développement constituera une entrave majeure à la réalisation des Omd et ce
faisant, à la mise en œuvre optimale de la stratégie nationale de la réduction
de la pauvreté. A l’en croire, l’intégration du genre constitue une valeur
ajoutée dans la réalisation des objectifs de croissance économique. « Elle
permet de faire le lien entre le développement des activités des femmes, leurs
accès aux servies de base et leur contribution au Produit intérieur
brut ».
Dans ce cadre, les formations en cours
initiées par le Pnud visent à mieux outiller les acteurs pour une meilleure
intégration du genre dans l’analyse, la planification, la budgétisation et le
suivi-évaluation de programmes. Elles visent aussi à accompagner le sépaloïde
dans la prise en compte intégrale du genre dans ses politiques et programmes de
développement et à lui permettre de disposer en conséquence de données
essentielles et d’outils opérationnels.
Cette journée de réflexion entrait dans
le cadre de la prise en compte effective et systématique du concept de l’équité
du genre dans les programmes et projets du Pnud. En effet, sur initiative du
secrétaire général des Nations-Unies, et conformément à l’esprit des réformes
en cours, le Pnud est chargé, en relation avec ses partenaires et agences
sœurs, de l’application de la plate-forme de Beijing.
L’absence de données, de
statistiques réaffirmée
Quelle est la contribution des femmes
dans l’économie nationale ? Combien de femmes sont propriétaires de
pirogues ? Combien sont-elles dans l’artisanat ? Des questions
difficiles à répondre car il n’existe pas de données statistiques fiables sur
ces problématiques. Conséquence ? Dix ans après Beijing, il est difficile de
dire où en est le Sénégal. Seule certitude, « les résultats n’ont pas été
à la hauteur des attentes ». Certes, le Sénégal a connu « de
formidables avancées dans les mesures prises en faveur du genre, mais sans
données statistiques, il est difficile de mesurer ces avancées et d’élaborer
des stratégies pour les traduire dans la pratique », martèle Mme Fatou
Sarr, spécialiste en genre, directrice du laboratoire genre et recherche
scientifique à l’Institut fondamental d’Afrique noire de l’Université Cheikh
Anta Diop de Dakar.
Pour l’auteur d’une étude sur le genre
en Afrique, les femmes représentent 53 % de la population africaine active
mais avec l’absence d’une prise en compte de leurs activités de production
rémunérées ou non rémunérées, « il existe peu ou pas d’investissements
dans les secteurs où elles évoluent ». Pire encore, les femmes
travaillent plus que les hommes, mais elles ont des revenus équivalents au
tiers de ceux des hommes. Ce qui se traduit par une faible productivité des
femmes. L’étude montre que les secteurs économiques comportent peu ou pas de
perspective-genre et la seule stratégie proposée est la micro-finance or
elle doit intervenir en aval et en
amont.
Raison pour laquelle Mme Sarr
recommande au gouvernement de produire des statistiques afin que les
spécialistes du genre puissent mesurer les avancées que le Sénégal a réalisées
en faveur du genre, de disposer d’un mécanisme capable d’organiser le suivi et
le contrôle et d’inclure dans les lettres de mission des ministres les
objectifs identifiés de rendre compte.
Au parlement, elle suggère que les
députés initient des lois en faveur de la promotion de l’égalité et au moment
de légiférer d‘être capable d’identifier les effets négatifs de certaines lois
en relation avec le genre.
Dans les débats, certains participants
ont suggéré la mise en place d’un bureau chargé du genre et logé à primature à
cause de la transversalité de ce concept, la révision de l’ensemble des
méthodes d’analyse, la mise en place d’une stratégie d’étude des statistiques.
Pour sa part, le recteur de l’Ucad, M. Abdou Salam Sall a
indiqué que l’Ucad est prêt à mener ces études.