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Recherche en Biotechnologie : quelles perspectives pour l’Afrique ?

[ 28/11/2005 ]
 

La faible productivité agricole en Afrique et les récurrentes crises dans les zones semi-arides doivent-elles pousser les paysans africains à opter pour la culture d’OGM (organisme génétiquement modifié). Ce choix d’une agriculture en OGM par le biais de la recherche en biotechnologie n’est-il pas sans inconvénient pour l’agriculture des pays du Sud ?

 
Agriculteur en activité
(Photo : Internet)
L’ICRISAT (Institut International de Recherche sur les Cultures des zones semi-arides) basé à Niamey au Niger, a initié une rencontre sur la question.

La formule à grande échelle pourrait donner un autre visage à l’agriculture dans les zones semi-arides. À Sadore, une localité située à 45 km de Niamey la Capitale nigérienne, une petite révolution de l’agriculture sahélienne est en gestation. Sur cette partie du Sahel, des plantes de palmiers dattiers, de raisin, par le biais de l’irrigation du « goutte-à-goutte » ont pris racine et présagent de lendemains meilleurs pour les paysans du Sud. En outre, avec le concept « d’ éco-ferme sahélienne » la culture de la Pastèque, du Niébé, de l’oseille de Guinée et de la tomate, sont en expérimentation dans les périmètres de l’Icrisat.

Selon le Dr. Ramadjita Tabo ces cultures en expérimentation intègrent « le Programme en marge du désert » qui concerne 9 pays d’Afrique de l’Ouest dont le Mali, le Burkina-Faso et le Sénégal entre autres. De l’avis du Dr. Tabo, l’idée est de s’orienter vers « une économie agricole plus forte avec une diversification des cultures traditionnelles tel le mil et le sorgho ». Ce programme initié par les chercheurs de l’Icrisat participe aussi à la lutte contre la dégradation des sols avec une conservation de la biodiversité et un développement de l’horticulture, explique le Dr Tabo.

Cependant, de l’avis du Dr. Harold Roy-Macauley du Coraf, l’Afrique a besoin de rendements consistants pour faire face à la pauvreté de ses populations. Citant une étude de la FAO, il souligne que la diffusion de variétés améliorées et l’introduction de nouvelles approches sur la protection agricole par les Centres de recherche agricole en Afrique, ont augmenté le rendement de certaines cultures à partir des années 80. Aujourd’hui indique le Dr. Roy-Macauley, « nourrir convenablement une population de plus en plus nombreuse et fortement urbanisée » est un défi à relever par l’agriculture africaine. Ce challenge doit-il pousser l’agriculture africaine à s’investir dans la biotechnologie avec l’utilisation des organismes génétiquement modifiés (O GM) ?

De l’avis du Dr. Farid Waliyar du Centre de Patancheru en Inde, où se trouve le siége de l’Icrisat, la biotechnologie agricole est un outil d’amélioration moderne qui vise une augmentation de certaines caractéristiques positives des plantes, des animaux et des micro-organismes pour la production alimentaire.

Dans son acception, le Dr. Waliyar définit la biotechnologie comme toute technique utilisant des organismes vivants ou substances provenant de ces organismes afin de produire ou modifier un produit pour améliorer une plante ou un animal. Il ajoute que la biotechnologie avec l’utilisation d’OGM peut transformer l’agriculture axée sur la subsistance à une agriculture commerciale.

[if !supportEmptyParas] L’AFRIQUE et les OGM

L’utilisation de cultures transgéniques concerne une portion congrue sur le continent africain. Aujourd’hui, les statistiques révèlent que seule l’Afrique du Sud commercialise les cultures transgéniques (o,4 million d’hectares qui représente 1 % de la surface de cultures OGM). Néanmoins, des essais sont dans des pays comme le Nigéria, le Zimbabwé, l’Egypte, le Sénégal et le Burkina qui pratiquent des tests en laboratoires ou en plein champ. Le Burkina où le coton représente 50 à 60 % des recettes d’exportation, est le seul pays ouest-africain a expérimenté depuis juin 2003 l’utilisation d’OGM avec la production du coton Bt (bacilius thuringiensis) qui est toxique pour certains insectes . De l’avis du Dr. Déhou Dakou de la Sofitex du Burkina, la culture des cotonniers GM est une alternative à la lutte contre les attaques parasitaires. Il révèle que le gène utilisé au Burkina augmente les rendements en coton graine d’au moins 20 % et permet une économie sur les traitements en insecticide. Ces résultats positifs ne constituent pas pour autant une porte ouverte à l’utilisation des OGM en Afrique.

En effet, beaucoup d’incertitudes demeurent et les chercheurs eux-mêmes reconnaissent certains risques avec les OGM. Selon le Dr. Waliyar, des risques d’allergie existent avec un danger pour la santé humaine provenant de gènes étrangers dans les cultures alimentaires. Au-delà des préoccupations sur la santé humaine, se pose le paramètre économique de la commercialisation des OGM. Selon Mme Margaret Karembu, la directrice du bureau de ISAAA (service international pour l’acquisition des applications en biotechnologie agricole) au Kenya, la valeur mondiale du marché des espèces biotechnologiques est estimée à plus de 5 milliards de dollars pour 2005. Elle ajoute que sur ce marché, 80 % des innovations sont entre les mains de quelques multinationales. C’est le cas avec le Burkina où l’expérimentation du coton Bt est sous la tutelle de la firme américaine Monsanto spécialiste de l’agro-chimie. Par ailleurs, la question du « brevetage » des produits transgéniques reste en suspens. En effet, explique Dr. Waliyar en ce moment « les produits de la biotechnologie sont sujets à la propriété intellectuelle et le secteur public des pays développés les protége par des brevets ».

Pour sa part Mme Karembu pense qu’il faut plus d’équité dans le partage des bénéfices des ressources génétiques. En outre, la directrice d’ISAAA pose la question de savoir si les développements actuels en OGM reconnaissent-ils les systèmes de connaissance des indigènes, gardiens des ressources génétiques ? Sous ce registre, le Dr. Dakou de la Sofitex, indique que les paysans africains veulent garder leurs variétés traditionnelles et recevoir le gène des firmes internationales. L’idée est d’éviter la disparition du capital semencier national des agriculteurs africains et une dépendance de l’agriculture africaine vis-à-vis des firmes occidentales.

Sur un autre registre, Dr. Roy-Macauley pense que l’Afrique doit prendre le train en marche et s’investir sur la législation des OGM. Il annonce que sur 16 pays de la sous-région ouest-africaine, 13 ont complété leur cadre national en biotechnologie (CNB) mais aucun texte de loi n’a été adopté. Pour le Dr. Roy-Macauley, il faut penser à une approche régionale d’un point de vue institutionnel pour faciliter le partenariat entre les institutions de recherche et les structures privées. Il soutient que la Conférence ministérielle de la Cedeao sur la biotechnologie de juin 2005 tenue à Bamako, a formulé l’idée d’une mise en place d’un plan détaillé sur l’application de la biotechnologie avec la collaboration du Coraf et du CILSS. L’essentiel de l’avis du Dr. Roy-Macauley est d’arriver à une régulation en Afrique de la biotechnologie et des produits résultants pour assurer une utilisation sécurisée par rapport à la santé humaine, animale ainsi qu’à l’environnement.

Sady NDIAYE  Cliquez ici pour envoyer un mot à l'auteur  (Source : LJE N° 485-486)
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